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jeudi 2 novembre 2017

De la dette publique vue comme pollution, chapitre 1



De la dette publique vue comme pollution, chapitre 1

Par Bruno Lemaire, économiste

La dette publique, une pollution ?
Cette façon apparemment extrême de caractériser la dette publique (voire privée) m’est venue à la lecture de Adair Turner « Between debt and the devil » qui utilise cette expression au début de son ouvrage.
Le but de la présente note est non seulement de justifier cette locution mais, plus encore, de montrer que ce qui est célébré comme l’indicateur le plus significatif de la bonne santé d’une économie – à savoir le PIB – qui n’est autre que la somme des dépenses d’un pays donné au cours d’un exercice annuel – est une monstruosité sans nom qui peut conduire aux pires dérèglements, au détriment du bien commun.

Le PIB, un indicateur fallacieux, voire monstrueux, et la dette, une abomination ?
Pour la petite histoire, vu ma culture économique initiale, proche de celle de Joan Robinson, marxo-keynésienne ou keynesiomarxienne, il m’a fallu quelque temps (une quarantaine d’années) pour arriver à cette double conclusion : toute dette (bancaire) est dangereuse, voire à bannir, et considérer que le PIB est un bon indicateur de la santé économique d’un pays est au mieux une erreur, et au pire une faute.
C’est ce que nous allons essayer maintenant de montrer, tout en rejetant de même la vision idyllique de certains libéraux et ultra-libéraux faisant du ou des marchés le deus ex machina ultime, à nul autre pareil. Pour ce faire, nous allons aborder une question, d’apparence délicate, mais que nous croyons possible de simplifier, sans la dénaturer à outrance, à savoir la monnaie.

Parlons monnaie.
Plutôt que de remonter à Aristote pour tenter de définir ce concept, reprenons simplement à ce sujet un sous-ensemble de la méthode dite de questionnement, le fameux qui, quoi, comment, pourquoi et combien
Les banques (un qui) « créent » la monnaie (le quoi) en mettant à disposition cette monnaie auprès des emprunteurs (autre qui) par la création (le comment), ou l’inscription simultanée, d’une créance et d’une dette. (cf. Marc Dugois http://www.surlasociete.com/pourquoi-les-banques-vont-elles-mal) (Remarque rajoutée le 08/11/2011: A peu près le même système au Royaume Uni )

Dans cette approche de la monnaie, ce qui est dit implicitement, mais que nous allons développer, est le « pourquoi » (pour « satisfaire » aux besoins de l’emprunteur et sans doute aussi à l’intérêt du créancier). Mais ce qui n’est pas abordé, et ce qui est pourtant essentiel, est le « combien ». Quelle quantité de monnaie, celle qui fait grossir de façon égale et simultanée le bilan de la banque prêteuse, et créancière, doit-elle être émise, ou « créée » ?  On comprend bien que l’on ne peut pas créer « n’importe quelle quantité », et qu’il y a sans doute aussi des questions à se poser sur le « pourquoi » de cette émission monétaire.
Une critique classique, que nous pourrions reprendre à notre compte, est de dire que « trop » de création monétaire, « trop » de monnaie émise, est une mauvaise chose, mais en rester là n’apporterait pas grand-chose à la réflexion, et encore moins à un éventuel débat.

Tout emprunt ne crée pas de monnaie, mais un prêt bancaire, si.
Si M. Dupont demande à son amie, Mle Dubois de lui prêter 1000 euros quelque temps, la masse monétaire en circulation ne change pas, Sieur Dupont a plus de liquidités à sa disposition, Dame Dubois en a moins, c’est tout. Il en va de même quand une entreprise devrait s’acquitter d’une facture vis-à-vis d’un de ses fournisseurs, ou quand un client demande un délai de paiement. Que ce soit un crédit fournisseur ou un paiement en retard, là encore, aucune modification de la masse monétaire ne s’est produite. Il en va tout autrement quand un prêt est demandé à une banque, et qu’un emprunt bancaire est accordé : il y a création de monnaie. C’est la quantité créée, et parfois détruite, qu’il convient donc d’étudier.

Trop de monnaie, ou pas ?
Globalement, si la monnaie « en circulation » (sous forme de billets – ce que seule la banque centrale peut faire – ou sous la forme de simples inscriptions informatiques) fluctue, les émissions de monnaie sont globalement supérieures aux suppressions, ce qui est une autre façon de dire que la « quantité » de monnaie augmente globalement. Mais comment peut-on juger de la qualité, ou même de la nécessité, de cette augmentation de monnaie.

Emprunt et prêt bancaire, dans quel but ?
Revenons quelques instants au « pourquoi » de ce prêt, de cette créance en nous intéressant au « qui » emprunteur (sachant que le « qui » créancier ne sera pas abordé ici)
Un emprunteur a « besoin » de monnaie « nouvelle » pour deux raisons principales, pour l’achat d’un « bien durable » (qu’on appelle souvent, à tort ou à raison, un « investissement ») ou pour l’achat d’un « bien ou service à durée limitée » ou consommation immédiate.
En contre-partie, ou « garantie » de ce prêt (prêt qui figurera au passif de la banque, la contrepartie étant inscrite à l’actif de cette même banque) deux cas peuvent se présenter. L’emprunteur peut apporter un « gage » réel, par exemple un bien immobilier déjà existant, ou des actions ou des obligations (actifs financiers), une caution d’un parent ou ami (caution elle-même gagée sur une richesse existante réellement). Mais l’emprunteur peut aussi offrir comme « garantie » (plus ou moins solide) une simple perspective d’enrichissement futur permettant un remboursement effectif, sans « saisie » de l’éventuelle caution ou gage en cas de non remboursement.

Toute dette (auprès d’une banque) crée de la monnaie, tout remboursement la diminue.
Un prêt bancaire, comme tout prêt, est censé être remboursé, et de la même façon qu’un prêt bancaire accordé est associé à une création monétaire, le remboursement d’un prêt bancaire va entraîner une diminution correspondante de la monnaie en circulation. La simple existence d’une masse monétaire augmentant globalement montre cependant qu’au cours du temps il y a plus de prêts bancaires que de remboursements. Ce constat est un simple fait, à chacun d’en déduire d’éventuelles conséquences.
Il est certain que si les prêts bancaires n’existaient pas, un prêt ne pourrait se faire, nous l’avons entrevu précédemment, qu’entre deux types d’agents économiques, d’un côté les épargnants ayant un excédent de liquidités, de l’autre les emprunteurs ayant un besoin de liquidités, soit pour « investir » soit pour « consommer ». Cela se ferait alors à masse monétaire constante, les banques n’ayant pour seul rôle qu’un rôle de gestionnaire et d’intermédiaire, mettant en relation ces deux types d’agents.
Mais les prêts bancaires ont peu à voir avec ces relations équilibrées qui, en fait, ne concerneraient que l’économie réelle. Les prêts bancaires, et les remboursements éventuels ultérieurs, se caractérisent toujours par des relations non équilibrées se concrétisant par une modification du bilan de la banque créditrice (ce que l’on voit aussi, au plus haut niveau, lorsque la banque centrale émet une nouvelle monnaie centrale contre des reconnaissances de dettes des banques commerciales de second rang).
Et, à l’intérieur de ces prêts bancaires il y a là encore, nous l’avons vu plus haut, deux catégories très différentes de prêts.

Deux catégories de prêts bancaires.
En synthétisant et en utilisant un langage un peu vieillot, on pourrait dire que l’emprunt bancaire réalisé est soit un prêt sur gages soit un prêt sur espérance(s). Même si le résultat semble être le même : de la nouvelle monnaie a été émise, les conséquences en sont extrêmement différentes.
Dans le premier cas, on a simplement remplacé une richesse par une autre, ou une richesse par un signe de richesse équivalent. On a rendu « liquide » un actif réel, déjà existant.
Dans le deuxième cas, un signe réel de richesse : la nouvelle monnaie, a été rendu équivalent, potentiellement, virtuellement, à une richesse qui n’existe pas, et qui pourrait ne jamais exister.
Certes, dans les deux cas, le bilan de la banque créancière a augmenté. Mais dans le cas du prêt sur gages, aux intérêts près, l’équilibre de richesses entre le créancier et l’emprunteur n’a pas changé : le créditeur a échangé une richesse matérielle, réelle, contre une richesse monétaire.
Dans le deuxième cas, l’échange est inégal : l’emprunteur échange sa richesse future éventuelle contre une richesse monétaire actuelle. Le banquier (toujours aux intérêts près) échange une richesse monétaire (qu’il vient de créer, certes) contre une reconnaissance de dette gagée sur l’avenir, donc tout à fait virtuelle.

Les banquiers, des philanthropes ?
Bien entendu, si le système bancaire fonctionnait par philanthropie, cela se saurait, même dans le cas où le prêt est consenti sur simples espérances. Tant que le taux d’intérêt demandé est supérieur au taux d’inflation, et tant que les intérêts sont réellement payés par l’emprunteur, tout se passe bien. Mais si l’emprunteur ne peut plus honorer ses engagements, cela impliquerait que la créance à son actif diminue de valeur. Le bilan de la banque deviendrait déséquilibré, ce qui imposerait alors qu’une perte équivalente à la diminution de la valeur de son actif soit inscrite à son passif par le biais d’une diminution de ses capitaux propres, s’ils existent encore.

Bien au-delà d’une simple règle comptable !
De fait, cette diminution du bilan signifierait que la pseudo richesse créée lors de l’émission monétaire originale était au moins partiellement factice. Et ce ne sont généralement pas les banquiers, par solidarité du système bancaire, ou grâce à des interventions des autorités de tutelle étatique, qui en seront les principales victimes.

Même si, parfois, ils peuvent en payer les conséquences.
Il faut bien parfois « rassurer le bon peuple », comme lors de la déconfiture de Lehman Brothers, surtout lorsque cela profite à des concurrents plus puissants encore.
Cela étant, à côté de ces jeux d’écriture, ou d’un appel aux actionnaires de la banque mise ainsi en difficulté, voire de l’état – donc du contribuable – lui-même, il y a plus grave encore

Des conséquences inflationnistes potentiellement gravissimes.
Le plus grave, car le plus souvent ignoré, est que toute émission monétaire qui ne s’appuie pas sur un véritable échange entre un bien réel (matériel ou non, mais tangible) et un montant monétaire équivalent est inflationniste.
De fait, si nous opposons la sphère réelle et la sphère monétaire, lorsqu’il y a prêt avec gage, tout se passe comme si une partie de la sphère réelle était congelée et remplacée par une partie équivalente de la sphère monétaire. Echange égal, à un instant donné, mais la richesse globale ne change pas, et donc la valeur de la monnaie ne change pas non plus. Dit plus abruptement, l’émission monétaire n’a pas eu d’impact sur les patrimoines (réels, financiers, monétaires) relatifs.
Au contraire, lorsqu’une émission monétaire a lieu sans stériliser, ou congeler, ou bloquer, une partie équivalente d’une richesse déjà existante, l’équilibre général est rompu entre la sphère « matérielle » et la sphère « monétaire ».

Des conséquences concrètes de deux ordres.
Les détenteurs de monnaie « ancienne » vont voir leur richesse relative diminuer vis-à-vis de ceux qui disposent, « sans mérite » autre qu’un mérite virtuel, d’une nouvelle quantité d’argent. Les « emprunteurs » sans gage réel sont donc relativement avantagés vis-à-vis des simples « épargnants monétaires». Ce peut être un bien, ou un mal, mais c’est un fait qui n’est en règle générale jamais abordé.
Les possesseurs de biens physiques (immobiliers ou industriels) vont voir la valeur relative de leur patrimoine réel, non monétaire, augmenter, la valeur de la monnaie nouvelle diminuant. Là encore, que ce soit un bien ou un mal, c’est une réalité.

Toute inflation n’est pas néfaste, mais toujours risquée.
Toute émission monétaire, sans contrepartie réelle et non virtuelle, est donc potentiellement inflationniste, au sens où les prix des biens déjà existants vont arithmétiquement augmenter. Bien entendu, si cette émission monétaire est destinée à permettre de vraies créations d’emplois utiles, et donc une augmentation de biens ou de services réellement destinés à améliorer le bien commun, cette augmentation peut être justifiée, voire encouragée.
Mais quand ce sont des banques commerciales qui émettent cette monnaie supplémentaire, on peut s’interroger sur la motivation de ces prêts nouveaux, presque uniquement destinés à des intérêts privés plutôt qu’au bien commun.
Après avoir vu qu’une émission monétaire gagée sur de simples promesses ne pouvait que détruire tout éventuel équilibre « statique » entre les divers « agents économiques », et cette destruction se faisant rarement pour le « bien commun » puisque les prêts bancaires sont accordés essentiellement en vue d’intérêts privés, voyons maintenant si elle peut profiter, de façon dynamique, à l’économie réelle, celle des entreprises, des salariés et des consommateurs, et pas seulement au profit, ou aux dépense, de l’économie financière.
Ce sera l’objet de notre deuxième partie, dans laquelle nous aborderons l’impact des dettes, publiques ou privées, sur le PIB, prétendument indicateur de la richesse réelle d’une nation.

A suivre ...

vendredi 7 juillet 2017

Euro ou pas euro: une crispation inutile, ou pas?



Euro ou pas euro: le bon sens n’empêche pas la dialectique !

Par Bruno Lemaire, ancien doyen associé d’HEC, conseiller économique de Marine Le Pen de 2011 à 2014

Un constat qui semble imparable : sortir de l‘euro fait peur aux français, qui ne voteront jamais majoritairement, du moins apparemment, pour ceux qui pensent indispensable ce départ, mais avec l’euro la France continuera à accumuler déficits sur déficits, comme c’est le cas, toujours apparemment, depuis 2002.

Dit autrement, et plus brutalement : s’il est impossible d’arriver au pouvoir en soutenant la sortie de l’euro, à quoi servirait-il d’avoir raison si nous n’avons jamais les manettes pour le prouver ? Faut-il attendre des années, et d’éventuels désastres complémentaires, en particulier du fait d’une immigration de plus en plus ingérable, pour que l’avenir donne, peut-être, raison à ceux qui soutiennent, contre vents et marées, que l’euro est un boulet pour l’économie française, et sans doute aussi pour nombre de pays de l’€zone ?

Il ne m’appartient pas ici de suggérer des priorités politiques entre différentes possibilités d’action, du genre « occupons nous d’abord des questions d’immigration et de sécurité », et laissons l’économie de côté, ou inversement. Mon propos, ici, est essentiellement de parler d’économie, tout en sachant que l’économie n’a un intérêt que si elle est mise au service du bien commun, et donc que si elle est accompagnée d’une vision et d’une volonté politiques susceptibles de mobiliser une majorité de citoyens.

Depuis que j’ai eu l’honneur, en 2011, d’être choisi par Marine Le Pen, avec l’un de mes collègues universitaires, comme l’un de ses  deux conseillers économiques, j’ai toujours défendu le même point de vue : son programme économique présidentiel devait reposer sur 3 pieds, la question monétaire, la priorité nationale et la régulation des échanges (autre nom du protectionnisme intelligent) Il se trouve, par ailleurs, que l’un de ces piliers, la priorité nationale, a toujours constitué l’ADN du Front National, depuis sa création en 1972, et que seuls de mauvais esprits – il en existe semble-t-il – pourraient suggérer que le Front National se comporte en relançant ce point fondamental de façon incohérente.

Rappelons les raisons de ce triple choix : la priorité nationale consiste à chercher à développer les productions locales, dans un double objectif, patriotique et écologique. C’est ainsi que nous souhaitons privilégier, dans les marchés publics, des entreprises de proximité, et que nous voulons encourager une consommation raisonnée, à savoir, par exemple, consommer des fruits de saison en évitant de rechercher des fraises au mois de décembre.

En ce qui concerne la régulation des échanges, ou patriotisme économique, ce point est conforme aux souhaits de l’ONU tels qu’ils avaient été exprimés en 1948 dans sa charte, dite de la Havane, au moment de la création de l’OIC, remplacée funestement des décennies plus tard par l’OMC. Dans cette charte, il était dit explicitement que le commerce inter-pays devait être équilibré, que les pays excédentaires devaient restreindre leurs exportations, ou augmenter leurs importations, au risque d’être pénalisés financièrement s’ils ne s’efforçaient pas d’atteindre cet équilibre. Si cette charte de bon sens était appliquée de nos jours, l’Allemagne serait lourdement pénalisée, vu les 250 milliards d’excédents – l’équivalent de plus de 60 porte-avions – qu’elle engendre actuellement, en ensevelissant littéralement de ses excédents les pays clients, obligés d’ailleurs de recourir à un endettement de plus en plus important pour faire face à ces achats. Les écluses commerciales que Marine Le Pen avait envisagées lors de la campagne présidentielle de 2012 avait pour principal but de résoudre cette question, par différents procédés, dont des droits à importer, une TVA adaptée, des droits de douane spécifiques et d’autres mesures techniques dont des pays comme la Suisse ne se privent d’ailleurs pas.

Le troisième point concerne effectivement la question monétaire, celle de l’euro. Il ne s’agit pas ici de refaire le procès de l’euro, de ses avantages ou de ses inconvénients, mais de rappeler certains faits.
En 2002-2003, le commerce international de la France était en équilibre, il ne l’est plus depuis lors, et son déficit commercial fluctue entre 50 et 70 milliards : ce qui correspond au coût de 12 à 15 porte-avions, ou de 25 à 35 milliers de collèges, ou encore 160 à 200 milliers de places de prison, et ce, annuellement ! Rappelons aussi que le budget total annuel du ministère de la Justice est de moins de 8 milliards, comme le coût de la nouvelle ligne de TGV Tours- Bordeaux.
Plusieurs organismes internationaux, dont le FMI, ont calculé que la compétitivité allemande était 21% supérieure à la compétitivité française. Dit autrement, pour être compétitives, les entreprises françaises devraient fabriquer des produits, ou offrir des services, 21% moins onéreux que les produits allemands analogues.

Plusieurs solutions sont envisageables, en dehors de celle de ne rien faire, et de continuer à voir la France se désindustrialiser en étant maintenue sous perfusion par sa grande "alliée" l’Allemagne, avec la « bienveillance » de la BCE, tant que celle-ci continue à nous permettre d’utiliser des euros « français » qui finissent par se retrouver, tôt ou tard, dans les caisses de la Banque d’Allemagne.

Quoiqu’il en soit, aucune solution n’est magique, même si le fait d’utiliser à plein les deux autres piliers de priorité nationale et de protectionnisme pourraient sans doute avoir un impact non négligeable sur notre balance commerciale et sur la relance de l’emploi domestique. Ce qui aurait aussi le grand avantage de montrer que les mesures économiques proposées par le Front National et Marine Le Pen peuvent être efficaces, même si le carcan de l’euro en limiterait l’impact. Aux électeurs ensuite de voir s’il faut aller plus loin, et retrouver une pleine indépendance monétaire, sans que notre politique ne soit systématiquement scrutée, surveillée, encadrée, régentée par les « experts » de la Banque Centrale Européenne.

En dehors cependant de l’utilisation astucieuse et « border line » suggérée plus haut, et qui consiste à utiliser le système informatique international Target 2 pour intégrer la charte de la Havane dans le système de compensation, en augmentant de 21% ce que nous devraient les entreprises allemandes, ou en diminuant de 17.6% (= 100 – 121/100) ce que nous devrions aux entreprises allemandes, la seule solution, hélas, serait beaucoup plus pénible. Elle constituerait en effet à diminuer les salaires, en tant que coûts salariaux – d’où un impact négatif sur le pouvoir d’achat de nos compatriotes -  ou encore, voire simultanément, de diminuer les charges sociales sur le travail – d’où un impact négatif sur notre protection sociale associée à l’Etat Providence.

En guise de conclusion, au moins provisoire, le Front National ne semble pas avoir besoin de reprendre de fond en comble son programme, dès lors qu’il sait proposer et défendre de façon cohérente ses 3 piliers, priorité nationale – l’ADN du mouvement – protectionnisme intelligent (ni trop libéral ni trop étatique, mais de simple bon sens « onusien ») et enfin une monnaie adaptée à notre économie, et pas à celle de l’Allemagne. Laquelle risque d’ailleurs de se retrouver elle-même ensevelie sous des monceaux d’euros qu’elle aura de plus en plus de mal à utiliser, c’est du moins ce qu’en disent des experts, pourtant très libéraux, comme Sannat ou Gave.

Une piste supplémentaire à creuser pourrait être d’envisager l’utilisation d’une monnaie complémentaire, mais ce point, relativement technique, est à utiliser avec précaution, ce point risquant d’apparaître anxiogène à certains, même si des expériences limitées de monnaie locale relativement encourageantes ont été expérimentées à petite échelle un peu partout en Europe et en Amérique du Nord. L’idéal aurait été de la tester dans une région, si nous en avions eu la gestion.

Une dernière suggestion : ne pas faire de la sortie de l’euro l’alpha et l’oméga du programme, mais l’intégrer dans la vision plus complète que j’ai essayé de rappeler, tout en souhaitant que sur la partie protectionnisme intelligent, on reprenne une partie des travaux de Janpier Dutrieux et de moi-même – comme les « droits à importer - , plutôt que de se contenter d’utiliser de simples techniques, relativement archaïques, comme des droits de douane, qui peuvent facilement donner lieu à des mesures de rétorsion.